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4. juil., 2022

L'Union soviétique a fait une chose terrible :
elle semble avoir exterminé presque tous ceux qui auraient pu embrasser la liberté au cours de son histoire.
L'aspiration à la liberté est restée en Ukraine, dans les pays baltes, en Géorgie
Mais pas chez nous, les Russes.
Cette aspiration dans notre population a été anéantie.
Elle est incomparable à celle de l'époque stalinienne.
Parce qu'alors, le système continuait à la combattre.
Il existait une énorme proportion de la population qui détestait Staline et le soviétisme.
Ce n'était pas pour rien que le système avait besoin du goulag.
Ce n'est plus nécessaire aujourd'hui.
La population aime le chef sans la nécessité de goulag.
L'esclavage par le bâton est terrible mais sans le bâton il devient terrifiant…

Oleg Basilashvili  (…célèbre comédien russe.  Traduit du russe)

2. juil., 2022

La vraie Russie

Le texte qui suit a été copié lors d’un voyage en Lituanie, Lettonie et Estonie.
Il n’est ni signé, ni sourcé précisément et la traduction souffre de quelques maladresses de style mais il apporte un éclairage intéressant sur les évènements monstrueux qui se produisent actuellement en Ukraine. Il aide à comprendre comment le "Grand pays Frère" est vu par les habitants de ses ex-pays satellites.

VOUS NE CONNAISSEZ PAS LA VRAIE RUSSIE

Nous, Ukrainiens, sommes très préoccupés par la conception très erronée que l’ Occident se fait de la Russie. Mes amis, vous n'avez aucune idée de ce qu'est la Russie. L'agression brutale et inhumaine de l'armée russe a été une surprise pour vous, mais malheureusement pas une révélation pour nous. Pendant des siècles, les Ukrainiens, comme tous les peuples de la Russie voisine qui ont eu le malheur de vivre avec eux dans le même pays, ont souffert de la discrimination coloniale oppressive, de la répression et des actions punitives qui impressionnent par leur ingéniosité brutale. Le nombre de victimes de l'agression russe au cours des trois siècles d'occupation se chiffre en millions, ce qui explique pourquoi les Ukrainiens d'aujourd'hui luttent si désespérément pour leur liberté.

Pour vous, la Russie, c'est Dostoïevski, le ballet et Tchaïkovski. Cependant, la vérité est que la haute culture russe a été créée par les peuples de l'empire réduits en esclavage, qui n'avaient pas le droit d'exprimer leur altérité au monde. Tout ce que les Ukrainiens, les Juifs, les Lituaniens, les Arméniens et autres peuples ont créé, les Russes ce le sont attribué. Pendant des siècles, ils ont pillé nos objets historiques et culturels, ils se sont appropriés notre patrimoine culturel, et en retour, ils ont importé la terreur, la mort et l'humiliation. La Russie moderne nous interdit toujours de qualifier d’Ukrainiens les personnalités culturelles de sa période impériale, en vous les représentant comme des Russes.

Malheureusement, la grande majorité des Russes ethniques, que vous considérez aujourd'hui comme des victimes du régime, soutiennent secrètement ou ouvertement le régime, sinon leur pouvoir serait différent. Poutine leur dit : "Vous êtes la nation suprême et vous devez diriger le monde. Les Européens et les Américains sont insensibles et corrompus. Les frontières de la Russie ne s'arrêtent nulle part" - et ils adorent ça, ils l'applaudissent. Dans l'hymne des enfants à Poutine, ils entendent la phrase "Nous allons reprendre l'Alaska", et c'est leur visage - chauvinisme impérial, revanchisme et xénophobie. Ils manipulent la victoire sur le nazisme lors de la Seconde Guerre mondiale à leurs propres fins politiques, tout en minimisant l'énorme contribution apportée à la victoire non seulement par les Alliés, mais aussi par les autres nations de l'URSS.

Poutine a ouvertement déclaré qu'ils auraient gagné la guerre sans l'Ukraine, alors que l'Ukraine, membre fondateur des Nations unies, est l'une des républiques qui a le plus souffert en contribuant à la victoire. Le vrai visage de la Russie est gravé dans l’histoire en Pologne en 1939, en Prusse orientale en 1945, à Budapest en 1956 et à Prague en 1968.

Nous regrettons aussi de vous dire que, alors que la Russie monarchique jalousait l'Europe en la traitant avec mépris et que la Russie soviétique essayait de la conquérir en en faisant un pays socialiste, la Russie actuelle viens de passer trente ans à apprendre à ses citoyens à haïr tout ce qui est occidental en manipulant l’histoire par le mensonge et la calomnie.
Par exemple, dans la diaspora russe des histoires circulent sur les pédophiles européens qui sélectionneraient des enfants russes pour les pervertir, des histoires homophobes et les accusations de satanisme pour des catholiques .

Cela peut vous sembler peu convaincant, mais si vous interrogez attentivement un ami russe, cela vous sera confirmé et étayé par plusieurs canulars similaires. La Russie actuelle de Poutine rêve de détruire la civilisation occidentale parce qu'elle la considère comme idéologiquement hostile.

Mes amis, le but d'écrire ce texte n'est pas de semer la haine, car personne ne peut être discriminé pour des raisons nationales. Nous voulons juste vous avertir que Poutine a beaucoup plus de soutien que vous ne le pensez.

Nous, militants culturels ukrainiens, appelons à ne pas sous-estimer les victimes de la guerre de la Russie contre l'Ukraine en les assimilant à l'hypothétique "souffrance" des Russes ordinaires de leur citoyenneté. La Russie n'a pas connu une seule année de paix dans son histoire, menant constamment des guerres dans le monde entier et soutenant des régimes dictatoriaux et des organisations terroristes. Cette règle a fonctionné indépendamment du système et de l'idéologie de l'État, et il est peu probable que la situation change une fois que Poutine sera déposé.

Ne vous laissez pas berner, de telles erreurs ont un coût.

„NOUS VOUS L'AVIONS DIT ! „

- Comment l'Occident n'a pas écouté les pays qui connaissent le mieux la Russie

- La Pologne et les pays baltes comprennent mieux le Kremlin que les gouvernements occidentaux, mais leurs mises en garde contre Poutine ont été ignorées.

- de POLITICO

Pendant des années, les Européens de l'Ouest ont fait preuve de dédain à l'égard des hommes politiques de Pologne et des États baltes dès qu'ils ont tiré la sonnette d'alarme sur la menace expansionniste que représente le président russe Vladimir Poutine.

Ils se rendent compte aujourd'hui qu'ils auraient dû écouter les pays qui ont une connaissance beaucoup plus approfondie du Kremlin et une mémoire historique amère de la violence que Moscou est déterminé à déchaîner pour atteindre ses objectifs.

Au lieu de cela, l'Occident s'est engagé dans la voie de l'apaisement commercial et politique de Poutine, sous la houlette de l'ancienne chancelière allemande Angela Merkel, qui a maintenant rejeté de manière spectaculaire l'invasion de l'Ukraine, le bombardement de ses villes et l'émigration massive des Tion.

"Les Européens de l'Ouest nous ont boudés et traités avec condescendance pendant ces 30 années", a déclaré l'ancien ministre polonais des Affaires étrangères Radosław Sikorski. Pendant des années, ils nous ont traités avec condescendance en raison de notre attitude : "Oh, vous savez, vous, les Européens centraux, vous êtes trop nerveux, trop sensibles à la Russie. "

Les pays de l'Est affirment qu'ils se sont heurtés à un mur d’incompréhention alors qu'ils souhaitaient un déploiement accru de l'OTAN, qu'ils pointaient du doigt les cyberattaques et qu'ils exhortaient Berlin à ne pas laisser l'UE être prise en otage par des pipelines géants qui amènent le gaz directement en Allemagne. Le franc et pugnace Sikorski, alors ministre de la défense, a provoqué l'indignation des cercles diplomatiques à peine voilés en 2006 lorsqu'il a osé comparer le projet de gazoduc russo-allemand Nord Stream, qui contourne la Pologne, au pacte Molotov-Ribbentrop qui a divisé la Pologne entre les nazis et les Soviétiques en 1939.

Les dirigeants polonais et baltes ont considéré l'invasion de la Crimée par la Russie en 2014 comme un seuil définitif qui signalait que Poutine devait être arrêté par une véritable démonstration de force de la part de l'Occident, faute de quoi il continuerait à attaquer d'autres cibles. Mais lors de réunions infructueuses à Bruxelles, les diplomates polonais et baltes ont constaté que la plupart des pays de l'Union européenne étaient réticents à imposer des sanctions sévères à Moscou, malgré l'invasion d'un allié de l'UE. Le camp anti-Poutine furieux a surnommé l'opposition aux sanctions menée par l'Italie le groupe Club Med.

Leur militantisme à Moscou a des racines qui remontent à plusieurs siècles.

La Pologne a perdu son indépendance face à une coalition d'envahisseurs dirigée par la Russie au 18e siècle, a combattu la Russie lors de deux soulèvements sanglants et infructueux et a remporté une victoire éclatante sur les Soviets communistes en 1920. L'URSS a riposté en 1939 en s'emparant de la moitié de la Pologne et en infligeant un châtiment sanglant, exécutant 20 000 prisonniers de guerre et déportant des centaines de milliers de civils, avant de transformer la Pologne d'après-guerre en quatre décennies de dictature communiste.

Les pays baltes ont bénéficié de deux décennies d'indépendance entre les deux guerres avant d'être annexés par l'Union soviétique. Des milliers de personnes ont été tuées et beaucoup d'autres ont été déportées au fin fond de l'URSS. Leurs pays ont été colonisés par des colons russes et ils ont à peine survécu pour retrouver leur indépendance après l'effondrement de l'Union soviétique.

Le dernier cycle d'agressions russes en 2007 a de nombreuses origines. Cette année-là, Poutine a prononcé un discours à la conférence de Munich sur la sécurité qui a servi de base à bon nombre des décisions qui ont suivi. Dans ce discours, il a rangé les États-Unis derrière la création d'un monde unipolaire "avec un seul maître, un seul souverain", critiqué l'expansion de l'OTAN vers l'est et remis en question l'Europe de l'après-guerre froide.

La même année, M. Sikorski, qui est devenu le principal diplomate polonais, a commencé à réclamer un renforcement des forces de l'OTAN dans son pays. Après tout, 35 000 soldats américains sont stationnés en Allemagne, et de nouveaux efforts pour reconstruire le gouvernement face aux campagnes de modernisation militaire de la Russie semblent judicieux.

Tout le monde à l'OTAN n'était pas de cet avis à l'époque.

"Lorsque j'ai demandé à plusieurs reprises que notre adhésion à l'OTAN soit concrétisée par une présence physique - je n'ai demandé que deux brigades, c'est-à-dire 10 000 soldats américains - cela a été perçu comme un outrage. L'Allemagne en particulier, mais d'autres aussi, se sont retrouvés pour la première fois dans l'histoire entourés d'États exclusivement amis. Et ils n'ont pas ressenti notre douleur d'être un pays à la limite du monde de la démocratie, de l'État de droit et de la sécurité", a déclaré M. Sikorski.

"Tu ne sais rien"

Les Estoniens se souviennent d'un autre épisode en 2007.

En avril, une vague massive d'attaques par déni de service distribué (DDoS) contre des sites web publics et privés a frappé les serveurs informatiques des pays baltes, entraînant la fermeture numérique de tout le pays pendant des semaines. Selon le ministre de la défense de l'époque, près d'un million d'ordinateurs "zombies" ont été déployés peu après le projet de déplacer le "monument à la libération de l'Estonie" soviétique du centre-ville de Tallinn.

Alors que les autorités russes ont nié à plusieurs reprises leur implication dans la cyberattaque, l'Estonie n'a pas été convaincue. Mais les fonctionnaires de Tallinn ont été encore plus choqués lorsqu'ils ont présenté leur cas aux autres pays de l'OTAN.

Certains de nos alliés de l'OTAN en Europe nous ont dit : "Oh, vous ne savez pas de quoi vous parlez, vous n'êtes qu'un russophobe" - et il s'agissait de personnes qui, à l'époque, ne faisaient pas la différence entre un ordinateur et un grille-pain, alors que nous faisions déjà partie du premier pays progressiste numérique d'Europe", a déclaré Toomas Hendrik Ilves, qui était président de l'Estonie au moment des cyberattaques. Il est né en Suède après que ses parents aient fui l'occupation soviétique. Enfin, l'OTAN a procédé à une évaluation interne.

Pour des raisons linguistiques et historiques - ainsi que par pure crainte du danger de l'autre côté de la frontière - les États baltes disposent souvent d'excellents renseignements et analyses sur les activités russes, mais ceux-ci peuvent être largement ignorés. Rihards Kols, président de la commission des affaires étrangères du parlement letton, a déclaré que Riga avait participé à la mise en garde de l'OTAN contre les ambitions de la Russie avant l'invasion de la Géorgie en 2008.

Toutefois, M. Kols a déclaré qu'il avait régulièrement du mal à convaincre ses homologues occidentaux du danger que peut représenter Poutine.

"D'une manière générale, les pays baltes ont averti nos collègues occidentaux d'être vigilants et de ne pas tomber dans une naïveté basée sur des vœux pieux. Malheureusement, la volonté constante de rétablir les relations avec la Russie, quelles que soient ses violations, est ce qui nous a amenés à ce jour", a-t-il déclaré.

Les États-Unis, sous l'administration de Barack Obama, ont également opté pour une "réinitialisation" avec la Russie en 2009. Le geste est devenu célèbre lorsque la secrétaire d'État Hillary Clinton a présenté à son homologue russe Sergey Lavrov un gros bouton rouge, mais avec le mauvais mot russe écrit dessus.

Quel que soit le mauvais Russe, c'est une décision qu'Ilves a qualifiée de "catastrophique". "

Le seul dirigeant européen qui l'a toujours "surpris" est Merkel. Elle a été placée derrière le rideau de fer, mais elle a prouvé qu'elle avait réellement mis en œuvre les risques. "En privé," dit Ilves, "elle semblait avoir peu d'illusions, mais je suppose qu'elle l'a vu en public, c'est quelque chose qu'elle devait faire. Ou elle me disait des choses qu'elle ne croyait pas. Je ne sais pas. Je ne peux pas le dire. "

Aujourd'hui, les yeux de tous ont été ouverts sur la véritable nature de Poutine.

"Le 24 février, il y a eu cette révolution dramatique et tout ça. Mais il a vraiment fallu une invasion, une invasion brutale de l'Ukraine pour que les gens s'assoient. Compte tenu de leur comportement antérieur, l'invasion de la Crimée et l'invasion de la Géorgie... Mais maintenant, je suppose que c'était tellement exagéré que même eux ont dû réagir", a poursuivi M. Ilves.

L'unité en jeu

En août 2014, quelques mois après l'annexion de la Crimée par la Russie, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont eu un débat houleux sur la distance à parcourir avant de prendre des sanctions contre le Kremlin. Les Baltes, comme d'habitude, se sont rangés du côté des Polonais, des Britanniques et des Suédois pour réclamer des sanctions plus sévères. Le camp de l'opposition provenait de deux autres anciens États communistes, la Hongrie et la Slovaquie, tous deux dirigés par des populistes pro-Kremlin.

"La politique de sanctions de l'Occident... fait plus de mal à nous qu'à la Russie", a déclaré le Premier ministre hongrois Viktor Orbán. "En politique, cela s'appelle se tirer une balle dans le pied. "

Le ministre lituanien des Affaires étrangères de l'époque, Linas Linkevičius, a répondu en disant qu'il valait mieux se tirer une balle dans le pied que de se faire tirer une balle dans la tête. Le message était clair : si Poutine était autorisé à s'en tirer avec la Crimée, il poursuivrait ses guerres d'expansion.

Dans une interview à Vilnius, Linkevičius a déploré le manque d'action de l'Occident au cours des 15 dernières années en réponse à l'expansionnisme de Poutine. Il a rappelé la réunion du Conseil OTAN-Russie de 2008 en Roumanie, où M. Poutine avait déjà décrit l'Ukraine comme une "création artificielle". " Le terme n'est pas passé inaperçu. Anders Fogh Rasmussen, alors premier ministre danois avant de devenir secrétaire général de l'OTAN, a répondu à Poutine en disant que ce n'était pas une façon de parler de partenaires.

Poutine pense ce qu'il dit", a déclaré Linkevičius. "Et maintenant, prétendre que nous sommes surpris que quelque chose ait mal tourné, c'est exagéré. "

Lorsque les troupes de Poutine se sont massées autour de l'Ukraine il y a un mois, le président français Emmanuel Macron a fait partie des dirigeants d'Europe occidentale qui se sont envolés pour Moscou afin d'essayer de dissuader Poutine de l'inévitable.

Linkevičius n'a pas impressionné. "C'est comme une psychothérapie. Tous ces pourparlers n'ont été jusqu'à présent qu'une illusion. "

Il a souligné que l'Occident n'est pas à blâmer pour ce qui se passe aujourd'hui en Ukraine, car seule la Russie en est responsable. Toutefois, il a déclaré que si "ceux qui auraient eu la possibilité de faire quelque chose à temps ne l’ont pas fait, ils doivent en partager la responsabilité". "

La guerre qui fait rage en Ukraine, a déclaré M. Ilves, devrait servir de leçon à l'Europe occidentale : "Ne faites pas de politique russe sans consulter des personnes qui en savent beaucoup plus que vous sur la Russie. Ne vous fiez pas à des personnes qui ont reçu une formation de diplomate mais qui n'ont pas de réelle compréhension des schémas comportementaux russes. "

11. avr., 2022

Étrange trouvaille !

Nous sommes en juin 2015, sur le toit de notre maison, je remplace quelques tuiles cassées.

Près du faîte de la toiture, sous les tuiles, des cartouches apparaissent.
Étrange trouvaille !
En déplaçant les tuiles voisines, d'autres cartouches se découvrent pour remplir mes deux mains.
Ces munitions ne sont pas ordinaires. Elles ne sont pas oubliées par un chasseur.
Je reconnais des munitions de guerre. La plupart des cartouches correspondent à un fusil, quelques unes à une arme de poing.

Pourquoi des munitions aussi dangereuses se trouvent-elles ici, près du conduit de fumée ?
Si un feu de cheminée se produisait le risque serait terrible car les balles pourraient tuer dans toutes les directions. J'examine toute cette zone du toit. Toutes ces munitions sont localisées sous trois ou quatre tuiles. Il est prudent de ne pas en oublier en les rassemblant dans une boîte, le toit est maintenant sécurisé. Mais pourquoi ces munitions ont elles été oubliées ici, sur cette toiture ?

La deuxième guerre mondiale
C'est bien sûr là, qu'il faut chercher.
Les propriétaires de cette maison appartenaient à la résistance contre le nazisme, ils se nommaient Gilles et Antoinette.
Gilles occupait la fonction de chef pour le quartier de Lingostière,
Antoinette secondait son époux dans l'armée secrète de la résistance contre les nazis.

Assis sur le faîte du toit, j'essaie d'imaginer la scène d'alors.

Vraisemblablement, un guetteur est resté posté exactement à cet emplacement.
Le point d'observation est stratégiquement très bien placé, on peut le qualifier de crête militaire.
D'ici, non seulement on peut voir toute la vallée mais on peut aussi, surveiller le chemin de Saquier, qui permet de grimper de la vallée du torrent-fleuve Var vers les collines niçoises, jusqu'à Levens et atteindre les Alpes très proches pour passer en Italie. 

Une nouvelle question se pose :
Quand et pourquoi, Gilles eut-il besoin de poster ici un combattant ?
Gilles décédé en 1995 ne peut plus apporter de réponse mais celle-ci se trouve peut-être dans l'histoire de la libération de Nice…

Consultons : 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Nice

Chronologie :

Au sujet de cette histoire locale on sait que la ville de Nice s'est libérée par elle même avant l'arrivée de l'armée américaine mais, pour comprendre les événements, il est nécessaire de les placer dans l'ordre chronologique.

Le débarquement des alliés eut lieu en Provence le 15 août 1944.
La partie du débarquement la plus proche de Nice s'est située à Théoule-sur-mer le 16 août.
Entre Théoule et Nice la distance n'est à peu près, que de 50 km…mais, avec l'armée allemande entre les deux villes, les alliés ne peuvent pas se déplacer comme des touristes.
La libération de Nice s'est effectuée le 28 août 1944 suite à la décision de l'armée secrète de résistance.
Les unités blindées américaines sont arrivées sur la rive gauche du Var le 29 août en soirée, elles franchissent finalement le Var le lendemain, c'est-à-dire le 30 août.On peut penser que sur ce toit le guetteur a été utile pendant deux semaines entre le 16 et le 30 août.
Durant la journée du 28 août, il est évident que l'observation de la large vallée était indispensable car l'armée d'occupation pouvait s'y déplacer pour fuir à travers les Alpes.
Les préoccupations des guetteurs installés sur cette toiture pendant deux semaines sont imaginables…
Sur l'autre rive du Var l'armée de libération est attendue avec impatience. Au sud la mer Méditerranée scintille sous le soleil, les étoiles et la lune mais de cette direction peut venir le danger, l'ennemi même perdant la guerre possède des armes beaucoup plus puissantes que les quelques fusils, révolvers et pistolets que les résistants ont réussi à se procurer. Les combattants sont optimistes, ils reçoivent de rares mais bonnes nouvelles par radio, Ils savent qu'après cette longue, humiliante, oppressante occupation, la libération s'approche à grands pas.
D’ailleurs Paris depuis quelques jours s’est libérée, le 25 août exactement. 

La bataille de Nice :

Le matin du 28 août, les FFI (Forces Françaises de l'Intérieur), l'armée niçoise des ombres a décidé la rébellion contre l'occupant. Tout commence au lever du jour par l'action d'à peine une centaine de partisans mais la bataille a été soigneusement planifiée, rapidement le nombre des participants augmente et l'action militaire se déchaîne.
À la fin de la journée l'occupant nazi commence à s'enfuir de la ville en direction de l'Italie en passant par Menton. 

La Maison Rouge :

Ce même 28 août dans le quartier de Lingostière, tandis que sur notre toit, le guetteur continue son service, un événement favorable pour les résistants, se produit.

Dans une maison du quartier appelée La Maison Rouge, un détachement de la Wehrmacht d'une vingtaine d'hommes a envisagé de se rendre aux résistants.
Gilles en a été informé et décide de tenter un coup, accompagné de deux hommes très légèrement armés, il se rend à la Maison Rouge. Là, il s’adresse à l’un des soldats qui parle français en lui disant qu’il ne sont que l’avant garde d’une troupe beaucoup plus nombreuse de résistants.
Ces soldats ne sont pas des allemands mais des polonais enrôlés par les nazis, ils ne sont pas prêts à offrir leur vie au Führer.
Gilles leur propose de les prendre en charge comme prisonniers en leur promettant qu’ils seront bien traités et qu’ils seront remis dans les règles à l’armée régulière de libération.
Les négociations se passent si bien que toute la troupe va descendre de la Maison Rouge à l’usine électrique de Lingostière avec armes et bagages.
Avant de quitter ce casernement les résistants remarquent que l’officier nazi qui ne devait pas être d’accord avec ses hommes a été liquidé et enterré si superficiellement que ses bottes émergent de la terre fraîchement remuée.

Les ennemis d'hier coopèrent :

Les soldats polonais non seulement acceptent d'être prisonniers mais ils donnent leurs armes aux maquisards en leur apprenant même à s'en servir.
Ensuite ils consentent à coopérer au déminage des pontets situés sous la route 202 de la rive gauche du Var, leur coopération est d'autant plus efficace que c'est eux qui avaient procédé au minage.
Gilles m’avait toutefois confié que pendant ce déminage auquel il se devait d’assister, il n’en menait pas large…

En compensation de cette bonne volonté ces soldats furent bien traités.

La route étant déminée, le lit du Var cachait encore de nombreux champs de mines mais là aussi, Gilles a pu activer les choses grâce aux plans qu’il avait dessinés en observant de chez lui les opérations de minage de l’occupant. En utilisant des vieux draps collectés chez tous les habitants du quartier, tous les champs de mines du Var ont été balisés.

Dés le lendemain, le 30 août, le Var pouvait être franchi sans danger par les véhicules blindés de l'armée américaine qui pouvaient alors entrer dans la ville de Nice entièrement libérée. On imagine aisément la liesse populaire de cette journée historique malgré les sacrifices de la veille car quelques dizaines de patriotes pour la plupart très jeunes avait perdu la vie pour cette libération.

Les guetteurs se succédant sur cette petite surface de toiture, dans l'euphorie de la victoire et ne sachant pas que des cartouches avaient roulé sous les tuiles, le dernier guetteur à refermé rapidement la toiture en laissant ces vestiges des « années sombres » comme le disait Gilles. Voici comment quelques cartouches oubliées depuis 71 ans m'ont fait retrouver ces événements historiques. 

Au sujet du
couple Gilles et Antoinette :

Après la guerre ils ont refusé toute récompense, décoration et pension.
Gilles disait « Nous n'avons fait que notre devoir pendant la période sombre » .
Ce sont les parents de mon épouse.
Nous pouvons conserver un grand respect pour leur attitude et leur action pendant la guerre. Antoinette a survécu 5 ans à la mort de son mari, elle est décédée au tout début de l'année 2000.

Je me souviens que
Gilles était fier de plusieurs succès :

Exception faite de l'officier nazi, la libération du quartier s'est faite sans perte humaine, l'approvisionnement de la population et la réorganisation administrative du quartier a été rapide
et il n'y pas eu d'exaction, de règlement de comptes, de brutalité injuste à déplorer, aucune femme n'a été tondue.

10. avr., 2022

Actes de résistance au nazisme dans le quartier Nice Ouest

PRÉFACE

Récit de quelques actes de résistance à l'occupant nazi, du secteur Nice Ouest. Les co-signataires de la présente,  témoignent de l'activité de notre ami Charles MENARDI, responsable du secteur que nous vous présentons.
Né à Nice, le 4 novembre 1906, titulaire de la croix de guerre, Croix du Combattant C.V.R. et Croix du Combattant à la libération, désigné Membre de la délégation spéciale de la ville de Nice, membre du secrétariat avec William GARUCHET, du  cabinet de Virgile BAREL, Président de la délégation spéciale de la ville de Nice. 
Nous avons chargé notre ami MENARDI de vous présenter le compte-rendu d'une partie de l'activité de la Résistance du secteur Nice-Ouest période de 1941 à 1944.

Soussigné :

Gilles de André, « Gilles », Responsable du Secteur Lingostière, St Isidore
Giannini, alias Malou, Responsable du secteur Nice Ouest des questions militaires

Castellani, Alias Lagneau, du Tuange FTPF légaux Ménéi Giorni 

Signatures…

Première partie

Le secteur était composé des quartiers suivants : Magnan, La Madeleine, Colline de Fabron, Avenue de la Californie, quartier de Carras, Sainte-Marguerite, La Lanterne, Route de Grenoble, Saint-Isidore Lingostière.

1/9 

Premier contact avec le camarade MOLINARO Eloi qui habitait  Route de Marseille. J'habitais au quartier de l’Arénas  Ensuite  un deuxième contact avec Auguste MAICON, aviateur, qui avait un hangar Promenade des Anglais prolongée. Il nous a procuré les premiers tracts contre les occupants italiens, tracts qu'il rédigeait lui-même dans son hangar.

Première période de diffusion avec des moyens restreints.

JUILLET 1942 : contacté par Émile  GAFFINO, devenu par la suite Commandant F.T.P.F. (alias Michel RASPAIL).

Quelques jours après, contact avec le camarade Marius CASTEL Pour une organisation plus sérieuse de tout le secteur: mise en place de tous les responsables à contacter pour toute les actions clandestines à effectuer dans le secteur. Premier contact avec le camarade GIANNINI Louis qui habitait à l'avenue de Carras. Il faisait partie de la section du secteur avant la guerre de 39-40.  Première action à faire : récupérer la machine à écrire et la ronéo de la section. Elles avaient été cachées dans une cave de  l'avenue Saint-Augustin. Il réussit à prendre contact avec le  camarade GOIRAN, qui était parti dans l'Ain car il était  recherché par la police de Vichy. GIANNINI a pu récupérer la  machine à écrire et la ronéo qu'il transporta chez le camarade   BERGONZO, au quartier de la Bornala qui imprima le Patriote  Clandestin et divers tracts. Les papiers étant fournis par  VENTURELLI qui était employé au Petit Niçois. Par la suite, nous  prenions tous les contacts avec les autres camarades que nous  avait indiqué CASTEL; SGARAVIZZI à la Madeleine, MENEI et Ange  CASTELLANI à Fabron Supérieur, PREMOLI et FIANDINO pour le quartier du Var. Le camarade GILLES que j'avais contacté pour la première fois, avec MOLINARO d'abord à la cave Carlon Rue Barralis ensuite à cause d'un incident, il se rendit à sa maison de campagne à Saquier où il était en sécurité et il devint donc le responsable de St-Isidore Lingostière. Ensuite, grâce à nos relations dans le quartier, nous pouvions avec prudence recruter d'autres camarades afin de couvrir tout le secteur, Françis BARANI quartier de Caucade, ALEGRINI Chemin des Moulins. À partir de là, nous pouvions organiser un travail de distribution de tracts et de journaux qui nous étaient fournis par un courrier. femme âgée à l'époque de 60 ans environ. Je ne me souviens pas de son nom.

2/9 

Elle venait de la ville à pied avec un grand cabas avec des légumes par dessus les journaux et les tracts qu'elle déposait chez le camarade CUBEDU à l’avenue Frémont. Ensuite, ils étaient transportés dans mon dépôt de journaux que j'exploitait avenue de la Californie. J'étais dépositaire central des journaux "L'ÉCLAIREUR DE NICE" et "LE PETIT NIÇOIS". Je cachais les tracts et journaux clandestins dans une cache sous le plancher de mon maqasin. Avec plusieurs camarades, nous faisions la distribution à tous les responsables du secteur par divers moyens, surtout à vélo. de mon côté, j'avais un camarade régional (POLO) qui me passait des instructions et des conseils de prudence pour tous les camarades. Les contacts avaient lieu dans les divers points de la ville, jours retenus par avance et en cas d’impossibilité reporté au lendemain même heure. Le dernier POLO que j'ai contacté c'est le carnarade René HOUAT qui a été par la suite, à la libération, le secrétaire général de Virgile BAREL. Président de    la délégation spéciale de la ville de Nice. Plusieurs actions ont été effectuées à partir de 1943. Le camarade GIANNINI qui était responsable militaire, avait des contacts avec des camarades du maquis où il a réussi à faire partir des réfractaires. GILLES avait fait des relevés des plans militaires de la côte, également des renseignements sur les troupes d'occupation. Ils   ont été transmis (mais je n'ai pas souvenance à qui). Nous organisions des   collectes de fonds, vivres et vêtements, pour le maquis. Destructions des fils téléphoniques reliant la villa récupérée par l'état major allemand avenue Saint-Augustin, face à l'avenue du Docteur Roux  (action effectuée par   BARANI et ALEGRINI). II y avait également des soldats polonais qui étaient en réserve à l'ancien Établissement Gaumont. Ils assuraient la garde de la voie ferrée et surtout sur les ponts de l'avenue  Sainte-Marguerite. la Lanterne. etc... Au sujet des polonais, deux de ces derniers sont allés se réfugier chez des paysans de  la Lanterne avec armes et bagages, une quinzaine de jours avant  l’insurrection. Notre camarade CUBEDU a pu récupérer les armes et munitions: deux fusils avec balles qui ont été cachés à mon dépôt de journaux. Nous avions également une filière pour procurer des cartes d’identité aux israélites qui habitaient dans notre secteu: De ce fait, ils pouvaient s'éloigner de Nice en allant dans des coins plus calmes et plus sûrs. C'était le commissaire HARENG 

3/9 

fusillé à l'Ariane. qui nous procurait ces documents indirectement.

Le 5 juin 1943, j'ai été enrôlé dans les F.T.P.F. légaux (ci-joint  certificat  de  la IX région militaire de Marseille).

Janvier 1944 : je suis contacté par James (commandant JOB) de l'état major des F.T.P.F. légaux. Il me demande de prendre la responsabilité de l'organisation des milices patriotiques dans le secteur. Avec tous les responsables des quartiers cités, nous avons mis sur pied, avant le moment décisif, trois compagnies de 240 membres. Notre action a été très efficace durant cette période, ce qui nous a permis de démoraliser les troupes d'occupation avant l'insurrection.

Le 27 août 1944 : je suis convoqué par les moyens habituels à une réunion des responsables politiques et militaires dans un appartement du 2° étage au quai Galliéni. On nous informe que l'insurrection de Nice est décidée pour le 28 août 1944 à 6 heures  du matin.

Nous devons prendre toutes les dispositions en vue d'occuper tous les points stratégiques dans notre secteur. 
Dans  la soirée nous contactons tous les camarades responsables des  quartiers de notre secteur. De la décision qui a été prise par l'état major des mouvements de la résistance, nous avons reçu la mission de les informer dès le 28 août dans la soirée. J’ai essayé de remplir cette mission. Je suis parti vers 13 heures du quartier de Carras pour me rendre au quai Galliéni où nous avions eu la réunion, et rendre compte des résultats obtenus;  mais tous les responsables étaient partis pour cause de sécurité. Les résultats de nos opérations ont été communiqués  dès le lendemain.

2éme PARTIE 

Mobilisation de tous les camarades le 28 août à 6 heures du matin, quartier général dépôt de journaux, avenue de la Californie. Pour Magnan la Madeleine, le camarade SGARAVIZZI avait reçu comme consigne de se rnettre en relation avec le M.O.I. responsable CHIMER. Il n'y a aucun point stratégique mais il faut prévoir une liaison permanente avec tous les camarades composant les milices patriotiques, se tenir prêt à toute éventualité (mission remplie de ce côté de notre part ).

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les camarades du quartier Carras Californie arrivent selon les instructions données la veille, à partir de 6 heures, au quartier général. Nous décidons une première intervention.  Occupation du central téléphonique de Fabron. Nous avions un camarade MELAN, qui était employé aux P.T.T. comme chef de service. Nous savions que le central était gardé de jour et de nuit par la police. Décision rapide, GIANNINI et moi-même avec un révolver chacun, nous nous présentons et sommes reçus par l'agent de police qui était du quartier. Nous lui avons fait part de notre intention d'occuper le central afin de le protéger d'un sabotage éventuel. Aucun problème, il se rallie à notre cause et n’informe pas ses supérieurs. Nous repartons et désignons  plusieurs camarades qui se rendent individuellement à ce poste. Par la suite, nous avons du renfort, des C.F.L. capitaine CALVIN qui vient avec un groupe de résistants. Par la suite, il y a eu quelques combats.  Des prisonniers polonais se sont rendus avec leurs armes. De notre côté, nous avons eu deux blessés. 

Deuxième occupation  Quartier La Vallière. Le transformateur électrique est occupé. Responsable MOLINARO qui était en contact avec la personne qui faisait le contrôle de ce transformateur, pas de problème, plusieurs carnarades du secteur La Vallière sont venus en renfort pour la protection. À Carras, un jeune du  quartier qui voulait se joindre à notre groupe, Roger SIMON, a été arrété par les allemands qui étaient à Carras. Il a été torturé et tué dans la soirée. Nous ignorions cette arrestation  et cette exécution jusqu'au lendemain matin. Pour le quartier général de Carras (entrepôt de journaux), tous les camarades qui étaient présents et responsables se tenaient au courant du déroulement de la situation par des courriers des évènernents de la journée. Un accrochage a eu lieu à Sainte-Marguerite avec un groupe de camarades qui étaient en attente et des allemands qui venaient, je crois, de Saint-Isidore. Un camarade a été tué, CANTERGIANI. Nous sommes tous en place pendant la nuit du 28 Août.

Le lendemain à l'aube. nous apprenons le départ des allemands qui étaient basés dans le quartier de Saint-Augustin. Nous sommes dans l’obligation de faire un barrage avenue de la Californie, avenue Saint-Augustin à hauteur de mon dépôt, car nous nous  

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sommes rendus compte que des étrangers du quartier venaient  pour dévaliser des villas, quartier de la Lanterne. Quatre camarades armés de fusils arrêtaient ces personnes et prenaient les objets dérobés pour les rendre à leur propriétaire, en les déposant à mon dépôt. Le lendemain 30 août, les camarades  PREMOLI et  FIANDINO, responsables du secteur Route de Grenoble, prennent l'initiative d'aller collecter des pommes de terre, légumes et fruits divers, que nous distribuons gratuitement à la  population de Carras à la grande satisfaction de ces derniers car les magasins étaient fermés.  Nous récupérons des armes et des munitions, des grenades, qui  seront cachées dans mon dépôt de Carras. Nous remettons ces armes  par la suite à des responsables désignés par les mouvements unis de la Résistance.

Occupation de la station de pompage des eaux de Fabron Supérieur.

Responsables les camarades MENEI et Ange CASTELLANI. Plusieurs  camarades se joignent à eux pour la protection de la station qui  fournissait l'eau potable à ce quartier. Il faut signaler qu'ils avaient fait du bon travail de 1942 à 1944. Distribution de  tracts qui étaient imprimés par Virgile CORBANI, qui avait à sa disposition une ronéo. Il est resté à Saint-Antoine de Ginestière pendant un mois environ. Ensuite, nous avons pris le relais par  nos distributions que nous faisions parvenir à MÉNÉI. Ils  sabotaient en permanence les lignes téléphoniques qui traversaient les propriétés, afin de couper toutes les liaisons avec la Batterie Russe de Caucade, le PC allemand d'Aspremont et Saint-Roman de Bellet. Le camarade René ASTEGIANI était souvent reçu par ses camarades, à tour de rôle, il passait la nuit dans le quartier.

La nuit du 27 au 28 août, ils ont eu un accrochage avec des allemands qui venaient de la vallée en passant par Saint-Isidore, pour éviter de traverser la ville, pour se rendre vers Levens et l'Authion où des combats sérieux ont eu lieu avec  la 1ère D.F.L. ensuite avec l'appui des troupes américaines. Deux allemands ont été enterrés par les leurs devant le portail de la villa "Halte de la Reine" à Fabron.

La quatrième opération : occupation de l'usine de Lingostière,

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électricité du Littoral Méditerranée. Elle a été la plus importante grâce au courage et à l'esprit d'initiative de notre camarade GILLES, responsable du secteur en liaison avec deux camarades de l'usine : BELTRANDO et BIANCHI. Je lui ai demandé de me faire un compte-rendu détaillé de cette opération car après quarante sept ans, il fallait que nous fassions le point ensemble pour se rafraichir la mémoire. Je transcris tous les faits qui se sont produits. GILLES convoque par les contacts qu'il avait dans le secteur, une vingtaine de camarades et quelques  sympatisants, pour expliquer ce qu'il attendait d'eux. Occupation de l'usine sans armes. Il faut les prendre où elles sont, une  chance, un camarade de Caucade qui devait se rendre à l'usine en  renfort, le camarade BATTAINI, avait pu obtenir des renseignements  précis sur une compagnie allemande composée de polonais qui stationnaient à la Maison Rouge vers le Vallon de Saint-Laurent.  Il avait appris que ces soldats avaient tué leur commandant.  GILLES, accompagné de deux camarades, part vers le canal d'arrosage, vérifiant sur place la situation. Ils disent aux  polonais qu'ils sont l'avant-garde d'un important groupe de patriotes bien armés. Ils constatent que leur officier était  enterré. les bottes dépassant de la fosse. Deux ou trois polonais comprennent le français, après conciliabules, les soldats décident de se rendre. GILLES leur explique qu'ils sont prisonniers et seront bien traités. Une vingtaine seront amenés par les trois camarades à l'usine de Lingostière, mais au préalable. ils leur demandent d'amener toutes les armes. Retour triomphal et joie des hommes qui occupaient l'usine. Ils voudraient se servir des armes sans en connaître le maniement. GILLES demande un volontaire parmis les prisonniers pour servir d'instructeur. Deux polonais demandent à voir GILLES pour lui indiquer qu'ils avaient minés tous les pontets de dégagement des eaux qui sont sous la Route Nationale 202, GILLES leur propose de les remettre aux autorités américaines avec un certificat s'ils déminent en sa présence tous les pontets. Il les accompagne et assiste au déminage. Il lui a fallu beaucoup de courage car il risquait sa vie. Avant cette période, GILLES, du haut de sa colline, avait noté les quartiers du lit du var qui avaient été minés par les allemands. Il a demandé à la 

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population de Saint-Isidore des vieux draps, du linge blanc déchiré en bandes. Il est parti aidé par des hommes, dans le lit du Var pour les placer tout au long des parties minées. Ils ont été aidés par des camarades cheminots des C.F.P. qui ont amené avec une draisine des chargements de traverses de rails. GILLES part en reconnaissance avec deux camarades sur la 202 vers la Manda. Ils voient de loin un blindé. Tous les trois se cachent dans le fossé ; malgré cela, ils sont obligés de  continuer. ( blindé allemand non, américain oui). GILLES les  arrête et explique à l'officier le travail accompli dans le lit du Var. Ce dernier signale immédiatement aux chars de la rive droite les renseignements donnés par GILLES. Ils peuvent donc  déminer d'après les croquis et les bandes de drap blanc. Les  troupes américaines peuvent donc traverser le Var sans dommnage  pour le matériel et les hommes. Ils ont fait entièrement  confiance a notre camarade GILLES. Suite à la promesse faite par  GILLES. les prisonniers qui étaient gardés dans l'usine de  Lingostière et à qui il avait pris les livrets militaires, furent  remis aux autorités. Certains choisirent la France, d'autre le Canada où les U.S.A. . Aux deux qui avaient déminés les pontets, il remis un certificat témoignant de leur aide. Avant celà,  les camarades de l'usine lui indiquent qu'elle était gardée jour  et nuit par un groupe de gendarmes de Saint-Martin-du-Var. Vers minuit, il se rend avec deux camarades à l'endroit indiqué pour les neutraliser. Ils étaient sept mais ils dormaient. Nos camarades s'emparèrent des armes.

L'officier qui commandait cette brigade demande à GILLES que les armes lui soient remises après contrôle. Il promet de les rendre mais il n'a pas pu tenir sa promesse car ces armes avaient disparu. Il prend une précaution supplémentaire : il se rend avec deux camarades chez le directeur de l'usine qui était un factieux. Ils tranquilisent sa femme et ses enfants et ils pénètrent de force dans son bureau. GILLES le fouille et trouve un pistolet, un insigne S.O.L. Il sera gardé à vue. Au préalable. ils avaient coupé le téléphone pour l'empêcher de communiquer avec les allemands et les collaborateurs. Ensuite, il fait circuler une lettre à la population de Saint-Isidore, qu'il avait réussi à convaincre de se rallier à nous, 

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afin d'éviter de vendre de la nourriture aux personnes n’étant pas de ce quartier et la conserver pour nourrir les prisonniers polonais. Il demande aux camarades de ne pas couper les cheveux à des jeunes femmes afin d'éviter des vengeances personnelIes. Dans la population de Saint-Isidore. seul un boulanger admirateur du fascisme, fut inquiété. GILLES l'avait amené à l'hôtel d'Albion. Il en a profité pour mobiliser un car et prendre de la farine. Il la confia au boulanger qui était à Saint-Isidore, qui a fait du pain sous son contrôle et le distribua gratuitement à toute la population de Saint-Isidore. 

   Tous les faits contenus dans ce compte-rendu que j'ai eu la lourde charge de développer, en accord avec tous les camarades vivants cités dans ce document, sont véridiques et contrôlables; sans  oublier que cinquante années ont passé depuis. 

Je signale quand même qu'au mornent des faits, des rapports ont  été régulièrernent transmis aux responsables de la résistance, par moi-même. par d'autres camarades et plus particulièrement par GILLES. Il en rédigeait tous les deux jours environ. durant cette période, mais nous n'avons jamais eu de nouvelles de ces rapports.

Je termine en remerciant tous les camarades qui ont participé à  toutes ces actions pendant l'occupation et au moment de l'insurrection, ceux qui sont encore vivants sans oublier tous les disparus. Ensemble, nous avons rempli notre mission qui était de chasser les nazis de notre pays.

Ce compte-rendu qui m'a été demandé pour être confié à la commission historique du musée de la Résistance, a été une tâche très difficile à accomplir. Heureusement que j'ai eu la collaboration des camarades Louis GIANNINI, GILLES. Ange CASTELLANI à qui j'ai dernandé de bien vouloir signer avec moi cet exposé. 

Soussigné :

Giannini, alias Malou, Responsable du secteur Nice Ouest des questions militaires

Gilles de André, alias Gilles, Responsable du Secteur Lingostière, St Isidore
Castellani, alias Bagneau, du Tuange FTPF légaux Ménéi Giorni

Ch Ménardi, alias Bolivi

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5. avr., 2022

Voici un lien précieux :

Sentiers des Alpes du Sud

Remarquable ouvrage d'Odile Lacaille d'Esse,
généreusement partagé sur le Web.

BONNE LECTURE !